07.11.2026

Bekalta (Thapsus) : Histoire, pierres et mer

plage dimas

la plage de ras dimas est l'une des plus belles de tunisie

De la capitale à Bekalta, par l’autoroute, la distance est de 206 km. Depuis Sfax, capitale du Sud, elle est d’environ 143 km, tandis que la ville se trouve à 27 km de Monastir, 47 km de Sousse et 16 km de Mahdia.

L’accès aux côtes de Dimas nécessite de parcourir 5 kilomètres supplémentaires via la route asphaltée qui traverse le centre-ville. En réalité, il n’existe pas un chemin unique pour se rendre à Dimas. de nombreuses pistes y mènent, y compris celle de la région de Zbid, caractérisée par sa petite jetée maritime et sa mer morte qui s’étend vers les côtes de Teboulba au nord.

Entre Histoire Antique et Beauté Naturelle

Aux portes de Bekalta, l’ancienne « Thapsus » ou Ras El Dimas, le cours de l’histoire antique a basculé. Ce lieu n’est pas seulement une cité historique, il abrite également l’une des plus belles plages de Tunisie.

Malgré l’importance de la « Thapsus romaine », les racines de la ville sont bien plus anciennes, remontant au VIIe siècle avant J.-C. Ses nécropoles, qui s’étendent sur plus de deux kilomètres, constituent l’un des témoignages majeurs de la présence punique dans cette région, qui fut autrefois un port de commerce prospère.

La Bataille de Thapsus : Le Jour où César Triompha

L’histoire de Thapsus reste indissociable de la grande bataille de 46 avant J.-C. Cet affrontement historique opposa 70 000 soldats et cavaliers républicains aux 50 000 hommes de Jules César. Métellus Scipion y déploya 60 éléphants de guerre, mais César dispersa ces derniers en faisant sonner de gigantesques trompettes. Paniqués, les éléphants piétinèrent leurs troupes, entraînant la défaite de l’armée républicaine.

Bien que César ne soit pas entré dans la ville, poursuivant sa route vers les ports du nord, il punit Thapsus. La cité ne retrouva son éclat qu’à partir du IIe siècle, en devenant une colonie césarienne (colonie julienne). Son urbanisme s’étendit par la suite pour atteindre 41 hectares, se dotant d’un rempart et d’un port de commerce dont la jetée s’avançait d’un kilomètre dans la mer. Ce port accueillait les navires en provenance de Rome et expédiait d’autres flottes vers Syrte, l’Égypte, le Levant et divers ports méditerranéens.

Les Vestiges d’une Splendeur Passée

De la cité romaine subsistent plusieurs monuments, dont le Colisée (ou amphithéâtre), le deuxième plus important de la région après celui d’El Jem. Une partie des pierres de cet édifice fut d’ailleurs réutilisée par les Fatimides pour construire la Skifa Kahla à Mahdia. Les aqueducs ont également traversé le temps. À ce sujet, le professeur Ameur Younes précise dans son étude sur Thapsus que leur longueur avoisine les 2 284 mètres, et ils déversaient l’eau acheminée vers la ville dans 26 citernes géantes.

Le patrimoine archéologique de Thapsus comprend aussi des thermes publics et privés, ainsi que les vestiges de villas luxueuses dont certaines s’étendaient sur 600 mètres carrés. Les fouilles ont mis au jour une mosaïque monumentale représentant les champions d’athlétisme de la ville, ainsi qu’un bassin de baptême de l’époque byzantine, actuellement exposé au musée de Sousse. Ces vestiges ne représentent qu’une infime partie de l’histoire d’une cité dont de nombreux monuments demeurent encore enfouis sous terre ou sous la mer.

Bekalta : Un Terroir Généreux et Gourmand

En voiture, il ne faut pas plus d’un quart d’heure pour rejoindre la plage de Ras El Dimas. Au cœur de Bekalta ou le long de la route, le visiteur trouve tout ce dont il a besoin : épiceries, fruits et légumes frais. Bekalta est une ville agricole par excellence, terre du célèbre piment « Baklouti » qui a donné son nom à la région, et de variétés multiples de figues. En cette saison, les agriculteurs et propriétaires de vergers exposent leurs récoltes au bord des routes, depuis Dimas jusqu’aux frontières de la ville voisine de Mahdia. Cette activité apporte une dimension commerciale à la dynamique touristique :en ete les estivants en route vers Dimas, ainsi que les Tunisiens résidant à l’étranger, s’y arrêtent volontiers pour acheter des figues fraîches bio (« Karmous ») et des figues de Barbarie.

Ras El Dimas demeure la plage la plus célèbre de Bekalta en raison de sa beauté captivante et de la proximité de monuments historiques majeurs. Tout dans ce lieu gravite autour de Dimas ou s’inspire du nom romain Thapsus, en particulier les cafés, les restaurants et les autres commodités.

De Thapsus à l’Époque Islamique : Les Métamorphoses du Site

La mer de Dimas connaît une forte affluence d’estivants, principalement des familles, ce qui en fait une plage familiale par excellence. Si la baignade et la détente sont les priorités de chacun, l’aspect culturel enrichit le programme des visiteurs. L’amphithéâtre romain se trouve à seulement 50 mètres de la plage, et les ruines du vieux fort se situent à proximité immédiate.

Comme le souligne Naji Jalloul, ce fort résume une partie de l’histoire de Thapsus  les fouilles menées sur ce site ont révélé la présence de céramiques sanhadjites et ottomanes. Suivant la méthode arabe de translittération des noms latins, cette ville — qui abrita sous le règne des Aghlabides l’un des centres de ribats islamiques — devint connue sous le nom de Tabsa (dérivé de Thapsus)… La rareté des découvertes archéologiques byzantines dans les ruines de Tebsa témoigne du déclin de la ville… De plus, la fondation du ribat s’inscrit dans le mouvement général d’urbanisation et de revitalisation qu’a connu le Sahel à l’époque islamique… Ce ribat, ou fort, dépassait les dimensions de la fortification actuelle et englobait une agglomération urbaine entière. Aux VIIIe et IXe siècles, un nombre important d’Ibadites originaires du Djebel Nefoussa s’y installèrent. Il n’est pas exclu que ces nouveaux migrants se soient établis à l’ouest du fort, c’est-à-dire dans l’actuel village de Bekalta. Jalloul ajoute que la ville de Tabsa fut marginalisée à la fin de l’époque sanhadjite, ne représentant plus « qu’un poste militaire connu sous le nom de fort de Dimas, en référence aux citernes romaines (les majels) toujours visibles sur le site.

Un Éden Maritime et un Écosystème Préservé

Il est juste de décrire le littoral de Bekalta comme un véritable coin de paradis au sein de la Tunisie. Ces côtes s’étendent sur environ 13 kilomètres, depuis les frontières de Teboulba jusqu’à Mahdia. En plus de Ras El Dimas, elles abritent d’autres plages splendides, dont les plus célèbres sont Chraf et El Baghdadi. Cet espace maritime attire chaque été près de 150 000 visiteurs venus de toute la République, notamment de Ksar Hellal, Moknine et Sfax.

Bekalta se distingue également par son écosystème diversifié autour de son île (« El Dzira »), longue de 4 kilomètres, ainsi que par le port de pêche de Dimas, où opèrent plus de 100 unités de pêche (motorisées ou non). Cette flotte assure une production annuelle d’environ 200 tonnes de poisson.

Yassine Ben Saad

Note de la rédaction : Ce texte est une traduction française de l’article original publié en arabe sur Kounouzna

(ملاحظة هيئة التحرير: هذا النص هو ترجمة فرنسية للمقال الأصلي المنشور باللغة العربية على موقع كنوزنا)

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